FamilyGeek C'est mon avis Yooka-Laylee

Yooka-Laylee

Disponible sur PS4, Xbox One, Switch et PC

Le rachat du studio anglais Rare par Microsoft en 2002 fut un des premiers gros rachats dans l’histoire du jeu vidéo, mais ce fut surtout un déchirement pour les possesseurs de Nintendo 64 qui ont alors vu les créateurs de beaucoup de grands jeux s’en aller à la concurence, avec dans leurs valises des licences chères dans le cœur des joueurs : Banjo-Kazooie, Conker ou encore Perfect Dark. Mais tout ne se passe pas forcément très bien pour les développeurs dont le succès des titres n’est pas au rendez-vous. Certains employés décident alors de quitter le navire et de fonder leur propre studio révélé en 2015, Playtonic Games, dont la 1ère production sortie 2 ans plus tard mettait en scène un drôle de duo composé d’un caméléon et d’une chauve-souris intitulée Yooka-Laylee. Suite spirituelle de Banjo-Kazooie, il aurait été difficile de nier la ressemblance. Malheureusement, la comparaison n’est pas à l’avantage de ce nouveau tandem.

Ne pas tourner la page…

Il suffit de regarder le nom du titre et sa typographie pour se rendre compte que le studio a clairement eu envie de recréer un jeu Banjo & Kazooie sans pouvoir avoir recours aux personnages ni à leur univers détenus par Microsoft. À la composition, on sollicite à nouveau Grankirkhope dont les notes vous sembleront familières, très familières. Pour les héros, on prend un caméléon bipède bonne poire et un peu naïf hébergeant sur sa tête une chauve-souris insolante à la langue bien pendue. Inverser ne serait-ce que les caractères aurait permis de se détacher davantage du duo original, mais ce n’était visiblement pas l’intention des développeurs. Dans la forme non plus, on copie la formule exploration/plate-forme pour la coller telle quelle en remplaçant certains éléments : les pièces de puzzle à collectionner deviennent des pages de livre, les notes de musique des plumes, les jinjos sont remplacés par 5 créatures distinctes et exit le Shaman amateur de barbecue, c’est un scientifique qui s’occupera des transformations. Et les les quiz ? Bonne réponse : eux aussi seront de la partie.

Il en va de même pour la progression qui se fera de manière identique à travers un hub central depuis lequel les pages que vous aurez récoltées vous donneront accès à de nouveaux niveaux ou pourront agrandir ces derniers. Dans chaque monde, vous serez livrez à vous-même et il faudra trouver les moyens d’obtenir ces morceaux de papiers, que ce soit en affrontant des ennemis ou boss, en faisant preuve de dextérité, en triomphant des contre-la-montre ou en résolvant des énigmes. Certains éléments seront récurrents, comme la course en charriot tout droit venu de Donkey Kong, mais ce ne seront malheureusement pas les plus intéressants ni les plus plaisants. À la manière d’un Metroidvania, de nouvelles capacités vous apporteront de nouvelles opportunités dans l’exploration et dans la résolution des casse-têtes. Alors même si on parcours des terres inconnues, d’ailleurs limitées à 5, on est clairement en terrain connu. Et malheureusement, cette sensation qui aurait pu être agréable se transforme vite en expérience venue du passé. La nostalgie, c’est bien, mais ça peut faire mal manette en mains.

Ne pas se mettre à la page…

Que le jeu reprenne des éléments marquants de la série, c’est plutôt normal, et on prend cela comme des hommages, des références ou des clins d’œil, mais lorsqu’on se rend compte -très rapidement- que le jeu ne fait que ça, on n’évite pas la désagréable impression de déjà vue, mais en moins bien. Banjo proposait par exemple de récupérer, dans des niveaux de taille plus modeste, 100 plumes disséminées à des endroits précis et intégrées au game design. Avec leur taille plus importante dans Yooka-Laylee, ce sont 200 plumes à trouver qui donnent parfois le sentiment d’avoir été posées là parce qu’il en manquait, et en trop grande quantité pour que la collection reste motivante. Il suffira de toute manière d’en amasser suffisamment pour acheter les nouveaux mouvements pour vos héros, encore un point que faisait mieux son ainé, puisque Bottles vous les enseignait de façon pertinente lors de l’exploration de chaque niveau. En revanche, cela a le mérite de trouver une utilité aux plumes. Pour ne rien aider, certaines énigmes plutôt originales à l’époque, ont été vues et revues depuis.

Au fil du jeu, on s’aperçoit qu’il n’y a pas vraiment de choses que ce Yooka Laylee fait mieux, et il y en a trop qui restent ancrées dans le passé. L’époque Nintendo 64 a été marquante pour les jeux en 3D qu’elle proposait, mais aussi malheureusement pour les problèmes de caméra qu’ils pouvaient engendrés. Et clairement, sur ce point, on en est à se demander si ce n’est pas là aussi un drôle d’hommage tant ils sont omniprésents. Cela plombe les phases de plateforme et ne facilite pas l’exploration, d’autant que cette dernière se fera dans des niveaux assez vides qui manquent de cohérence, qui ne racontent rien et qui ne sont finalement que des tableaux juxtaposés les uns aux autres, le tout peuplé par des PNJ au design peu inspiré dans l’ensemble et ayant hérité des voix « yaourt » devenues insupportables et que vous vous empresserez de couper via le menu option tout droit venu de B & K. Les seules nouveautés sont ratées ou anectodiques : les jeux « rétros » à débloquer ne sont ni réussis, ni amusants et les tonifiants, sorte de cheat code à l’obtention hasardeuse, sont dispensables. C’est dans les vieux chaudrons de Gruntilda qu’on fait les meilleures soupes sans doute, mais plus de soin et quelques nouveautés auraient été les bienvenus.

Un jeu qui montre page blanche ?

Il est difficile de ne pas regretter ce manque d’originalité ou ces absences de nouveautés, mais encore faut-il avoir connu l’expèrience originale d’un jeu qui date de 1998. Comparé à Banjo-Kazooie, et encore plus à Banjo Tooie qui allait plus loin en séparant le duo par moment, on ne peut pas dire que ce Yooka Laylee n’apporte grand chose, se contentant de reprendre beaucoup d’éléments. Cependant, cela n’en fait pas un mauvais jeu pour autant. Les solides mécaniques éprouvées fonctionnent encore très bien. Les capacités inhérentes à leur espèce permettront à Yooka, le caméléon, de le rendre invisible ou d’attraper des objets avec sa langue pour lui conférer divers pouvoirs,, tandis que la chauve souris Laylee mettra son sonar et ses ailes à disposition de l’équipe qui bénéficiera d’autres mouvements classiques comme l’attaque rodéo. La progression, pas désagréble, se fait assez logiquement même s’il faudra vraiment ne pas hésiter à passer à un autre monde très rapidement pour récupérer de nouveaux pouvoirs.

Sans qu’il ne soit trop facile, c’est un titre relativement accessible dont l’univers loufoque et coloré plaira notamment aux plus jeunes. Les paires d’yeux qui rendent n’importe quel objet vivant est une marque de fabrique de la série et l’humour est encore omniprésent. Les environnements sont assez jolis bien qu’ils ne soient pas des plus détaillés. En tout cas, rien qui ne justifie les trop longs temps de chargement pour entrer et sortir d’un niveau. Côté sonore, c’est comme pour le reste : ça fait le job mais on a l’impression d’avoir déjà entendu certaines mélodies, toujours évolutives et bon enfant, et la fréquence de certains bruitages tapent rapidement sur le système. Il n’y aurait pas eu grand chose à reprocher à la maniabilité si les phases de vol, couplées aux problèmes de caméra, n’était pas aussi désagréables et attraper un objet en plein vol relèvera souvent de l’exploit. Non contente d’être peu jouable, cette mécanique acquise avant le dernier niveau viendra flinguer le level design des précédents. Peut-être un mal pour un bien car le jeu, pour pouvoir être terminé, vous demandera de collecter 70% des pages, ce qui prendra une petite vingtaine d’heures.

Résumé :

Yooka-Laylee multiplie tellement d’hommages que cela en devient dommage. En voulant être trop près de son modèle, il en oublie de créer sa propre identité. La comparaison avec Banjo & Kazooie, inévitable, est loin d’être en sa faveur, ce qui est regretable car le jeu n’est pas déplaisant avec un univers drôle et coloré. Il est simplement bien moins inspiré, moins pertinent et les amateurs s’en rendront très vite compte. Les nouveaux venus et les plus jeunes pourront découvrir à quoi ressemblait un gameplay d’un jeu marquant de 1998 avec des graphismes plus modernes mais avec les problèmes de caméra d’origine et des temps de chargement en prime.

BienPas bien
Une recette qui fonctionne toujoursCruel manque d’originalité et de nouveautés
Un univers drôle et coloréLes problèmes de caméra
Un duo qui répond bien dans l’ensembleDes mondes « patchwork » aux PNJ fades
L’ambiance sonoreDes bruitages abrutisssants
Les temps de chargement

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